Cartes postales

Le fantôme des hortensias publie des cartes postales représentant des poèmes composés sur de petits objets ou dans la rue : pétales de rose, rouleau de scotch, banc public… Elles sont disponibles dans la boutique (poèmes d’Hervé Eléouet).

cpcle

Tout ce qu’on serre par mon biais
Et par mon biais ce qu’on desserre
Ou me répugne ou m’indiffère :
C’est clé de fa qui me seyait.

Dans une tendre ritournelle,
Un air pompier, un opéra,
Ou pour que danse un petit rat,
Avec tambour et violoncelle.

Comme un enfant rêve en son lit,
Je songe sur mon établi.
Voyez ce qu’est la destinée :

Là, quelquefois, près de l’étau,
Entre la scie et le marteau,
Je sens la chose à ma portée.

 

cpgomme

Que l’on t’use
Ô ma muse
Et je passe…
Comme un dessin qu’on efface

 

cpmanteau

Je couvre d’un blanc manteau
Quelques braises qu’on attise
Afin que la flamme vive
Comme il neigera bientôt

 

cpmouchoir

Il n’est de nez que je ne mouche
(Même le tien Grand Mamamouche)

Aquilin, mauve ou pas vilain
Jamais jamais je ne me plains

Il n’est de nez que je ne mouche
(Même le tien Grand Mamamouche)

Tordu, bizarre ou mal fichu
C’est le destin qui m’est échu

Il n’est de nez que je ne mouche
(Même le tien Grand Mamamouche)

Distingué, grave ou bien goutteux
J’en mourrai ça n’est pas douteux

Il n’est de nez que je ne mouche
(Même le tien Grand Mamamouche)

 

cpnouille

Mon cœur se tord comme une hélice
Dont l’affamé fait son délice

 

cpince a linge

Un amour de pince à linge

Il passe une brise d’été
Sur le drap que je coince
Et ce vieux pull pour qui j’en pince
Flotte au vent d’à côté

 

cppinceau

Quel pinson sot peint sans pinceau ?
Sans pinceau qu’a peint ce pinson ?
Ce pinson-ci n’est pas si sot
Qui peint sans pinceau sa chanson.

 

cpsemelle

De la naissance au trépas
Sur le chemin qu’on emprunte
On voudrait bien n’être pas
Le cœur gros ni l’âme empreinte

De tristesse, ni l’orteil
Qui gratouille et nous démange
Mais c’est tous les jours pareil
C’est le destin qui nous mange

Quelque ailleurs où nous allons
Il a, monstre épouvantable
L’estomac dans les talons
Et ne quitte pas la table

 

cpsouci

Je meurs à la boutonnière
Un beau soir à l’opéra
Et mon âme saisonnière
Comme une larme expira

 

cptoit

Je suis un vers sur une ardoise
Qui sait courir et sait chanter
Comme on savoure une framboise
Dans les premiers jours de l’été

cprose

Je suis la rose d’un bouquet
Je fais d’une chose un regret

 

cpassiette

Sur bouts d’assiette
J’écris un mot
Je me sens bête
J’ai le cœur gros
Mal à la tête
(Nous avons eu des mots)
Et le moral dans les chaussettes

 

cpbanane

Petit morceau d’un régime
Et fille de bananiers
On commet un crime
(Profitable aux héritiers)
En me déposant par terre
Pour que tombe sa grand-mère

 

cpchaise

Atlas qui supporte le monde
Est un roc à ce que je crois
Je ne suis qu’une chaise en bois
Sur qui s’est assis peu de monde

Asseyez-vous, asseyez-vous
Vous ne craignez rien du tout

 

cpcharpentes

Le semeur de charpentes
N’a pas l’ombre d’un toit
Sous la lune il s’en va

Comme il va par les sentes
Sans objet ni demeures
Les charpentes se meurent

 

cplunettes

Regarde ailleurs qu’à travers moi
Le monde est beau quand il est flou
D’hier jusqu’à la fin du mois
Regarde ailleurs qu’à travers moi

Quand on voit clair le monde est fou
C’est un glaçon dans l’eau qui bout
Regarde ailleurs qu’à travers moi
Le monde est beau quand il est flou

 

cpoeuf

L’oiseau du supermarché
Quand il sort de sa coquille
File au rayon surgelé

Il y prend du steak haché
De la glace à la vanille
De la compote en gelée

C’est un tout petit poussin
Qui dit
Tchip tchip tchip quand il pousse un
Caddie

 

cprouleauscotch

Le bout du rouleau
C’est un escargot
Qui rampe, qui rampe

Quand il a des crampes
Il prend du repos

 

cpvieuxbanc
Sur le banc défraîchi qui tient vaille que vaille
Un fantôme est assis il se souvient du temps
De sa jeunesse folle et de ses fiançailles
Avec une comtesse aux longs cheveux d’argent

À travers son manteau la peinture s’écaille
Il était chevalier quand il avait vingt ans
Vêtu d’un beau cimier, d’une cotte de maille
Il allait à la cour au milieu de ses gens

La maîtresse du roi s’appelait Cunégonde
On brûlait pour des yeux dont on était l’élu
Les seigneurs d’autrefois ne dansent plus la ronde

Ce poème est écrit sur du bois vermoulu
Il passera bientôt comme tout passe au monde
Grâces et réconfort au passant qui l’a lu

 

cpvoiture

J’me déglingue
Tous mes morceaux font la bringue

Mon moteur
S’étale au vent sans pudeur

Mon carbu
Comm’ qui dirait y en a pu

J’me déglingue
Quand c’est qu’j’avions ma carlingue

J’étais beau
Un genr’ de superbe auto

J’rutilais
Fallait voir comm’ je roulais

J’me déglingue
Ah c’est le temps qui nous flingue

Tout gamin
J’rêvais d’visiter Pékin

Aujourd’hui
J’irons pas pu loin qu’ici